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Le pelage du lapin est sensible à son environnement, particulièrement à la température et à la lumière dont le rôle est prépondérant sur les mues saisonnières. Si l’éleveur n’a pas de prises sur ces facteurs, il peut cependant influer sur l’état et la qualité du pelage en maintenant des conditions d’élevage adéquates et surtout en veillant à fournir une alimentation équilibrée et de qualité aux lapins.

Après avoir abordé l’origine et le cycle de formation des poils du lapin dans un précédent article (voir Le Sillon Belge nº3801 du 26 janvier dernier), voyons plus en détail l’influence de la température, de la lumière, des conditions d’élevage et de l’alimentation sur l’état de leur pelage.

Variation de la lumière et mues saisonnières

Comme le précise le président de la Fédération française de cuniculture, J.P. Menigoz, les mues saisonnières sont déclenchées par la variation de la durée de la lumière du jour (liée au photopériodisme). Le passage des jours courts aux jours longs déclenche la mue de printemps et le passage des jours longs aux jours courts induit la mue d’automne. Comme précisé dans l’article précédent, il s’agit là des points de départ du cycle pilaire. La mue de printemps est spectaculaire par la perte très visible de la masse de poils d’hiver. Elle est toutefois lente et irrégulière. En été, on a ainsi rarement un pelage entièrement stable. Il est souvent maigre et court et pas des plus appréciés, contrairement au pelage d’hiver, stable durant plusieurs mois. La mue d’automne est moins importante que celle de printemps car le sous-poil est globalement conservé.

Influence de la température

Les périodes de mue coïncident aussi avec des périodes de variation de températures. Confronté à des températures plus froides, le lapin va réagir en augmentant la densité de son pelage par la production de duvet et de poils plus longs. Un nombre important de follicules pileux secondaires est remis en activité pour rétablir l’isolation thermique. On estime qu’il existe une différence de l’ordre de 25 à 35 % de follicules pileux supplémentaires en activité durant la période automne-hiver. À l’inverse, le nombre de follicules pileux est diminué en période chaude. On en déduit donc que les pelages des lapins de même race ne sont pas tout à fait les mêmes selon les endroits et les conditions de température où ils sont élevés.

En dehors des périodes de mue, les lapins perdent toujours quelques poils. C’est là un phénomène tout à fait normal dans la plupart des races, qui peut être légèrement accentué par l’instabilité des températures et l’amplitude de leurs variations.

Certaines races avec un sous-poil particulièrement développé, dense et épais ont par contre une fourrure très instable. Pratiquement, chaque léger réchauffement des températures déclenche une perte de poils – notamment des sous-poils – plus ou moins conséquente pour s’adapter aux conditions d’ambiance. C’est le cas de la race néo-zélandaise. Un des critères de sélection de cette race visait à obtenir des dessous de pattes avec une très forte densité et épaisseur de poil, permettant une bonne adaptation à l’élevage sur grillages. Cette caractéristique a bien entendu concerné l’ensemble du pelage et surtout le sous-poil. La race est ainsi très sensible aux variations de température.

Du calme pour les lapins

Les stress importants provoquant des perturbations physiologiques et métaboliques ne sont pas sans incidence sur la qualité de la kératine, un des constituants principaux du poil. Le diamètre, la résistance, la couleur et la durée de vie des poils peuvent être affectés. L’objectif, et pas seulement pour la qualité des poils, est de veiller à la tranquillité des lapins et de leur assurer un minimum de stress.

L’environnement et les conditions d’élevage ont aussi un impact indirect sur la qualité de la fourrure. La dimension des cages doit être adaptée pour permettre aux lapins de se déplacer aisément. L’exercice physique est en effet un gage de vitalité. La litière doit être maintenue saine et régulièrement changée pour éviter toute souillure du pelage. Le nombre de cages et la densité de l’élevage doivent être adaptés aux possibilités d’aération du local. Il faut absolument éviter la surpopulation, source d’émanations d’ammoniac. Enfin pour garantir le calme et éviter les agressions et risques de blessure, il c onvient de séparer les jeunes suffisamment tôt.

Privilégier une alimentation équilibrée

Le pelage reflète l’équilibre nutritionnel de l’animal. Pour un pelage normal, 20 à 30 % des apports journaliers sont utilisés pour répondre aux besoins de la peau et du pelage. Les poils sont en effet constitués de 2 à 13 % d’eau, de 2-3 % de lipides, de 0,2 à 0,8 % de cendres et de 85 à 93 % de kératine, une protéine à teneur élevée en soufre. La kératine est une protéine fibreuse très résistante, faite de longues chaînes d’acides aminés. Ces chaînes sont scellées entre elles par des molécules de soufre. La kératine contient en effet beaucoup d’acides aminés soufrés (cystine, méthionine et surtout cystéine) qui forment ces ponts disulfure, conférant de la rigidité à l’ensemble.

Éléments indispensables

Outre les protéines et le soufre déjà cités, l’alimentation doit aussi fournir du zinc, nécessaire à la fabrication des acides aminés soufrés (comme la vitamine B6), du fer, des acides gras, des vitamines A, E et celles du groupe B. Ces vitamines stimulent le renouvellement des cellules en général et plus particulièrement celles du follicule pileux. La vitamine B3 augmente la circulation du sang dans les racines, la vitamine B5 favorise la croissance du poil, la B6 est indispensable pour la synthèse des acides aminés soufrés et la vitamine B8 contrôle la sécrétion de sébum.

Aliments riches en protéines

Lors des mues, il faut distribuer une alimentation riche en protéine et en acides aminés soufrés. Un déficit peut perturber la croissance du poil qui sera terne et moins dense. Les aliments préconisés sont les fourrages verts, le trèfle, la luzerne, le foin de bonne qualité, les sons, l’avoine, les farines de fève, pois et lupin et les tourteaux d’arachide, de lin, de tournesol de soja ou de coco. Si vous préférez des aliments granulés du commerce, veillez à la teneur en protéines et à leur qualité. Vérifiez la présence des acides aminés soufrés et notamment de la cystéine.

Du côté des minéraux

La ration doit aussi fournir des minéraux de qualité en quantité suffisante, notamment du soufre, du fer et du zinc. Le soufre est indispensable à la croissance des poils. Une carence se manifeste par une croissance lente du pelage avec des poils fragiles et ternes. On en trouve dans la luzerne, les choux, les bettes, le persil, le radis noir, les germes de blé…

Le fer est très bénéfique à la croissance des poils et essentiel pour le transport de l’oxygène dans le sang. On en trouve dans les orties (verte ou foin), le persil, le pissenlit, les graines de sésame et de tournesol,.

Enfin, le zinc est nécessaire à la synthèse d’acides aminés comme la cystine ou la méthionine. On le trouve dans le soja, les céréales, les germes de blé.

D’une manière générale, les foins de trèfle et de luzerne sont recommandés car ils sont riches en minéraux.

Les vitamines

Les vitamines B3, B5 et B6 sont notamment présentes dans le son, les céréales et le soja. La levure de bière est également une source de vitamine B et est considérée comme le meilleur supplément alimentaire pour le poil, pas seulement pour sa teneur en vitamine B.

La vitamine A peut être synthétisée dans l’organisme à partir de bêta-carotène, contenue en abondance dans les carottes. Ce précurseur de la vitamine A est aussi présent dans les fourrages verts et jeunes, dans la luzerne, le jeune foin, le potiron…

Quant à la vitamine E, on en trouve dans les fourrages verts, les carottes, la laitue, les germes de blé, d’orge, d’avoine ou de maïs, les graines de tournesol…

Les acides gras

Avec les vitamines B6 et E, les acides gras sont essentiels à la kératinisation de l’épiderme. Ils facilitent l’élasticité de la peau, le brillant et la souplesse du poil. Les graines de lin et de chanvre fournissent un bon apport en acides gras mais doivent être utilisées avec prudence, notamment pour le lin car elles peuvent causer des diarrhées.

Source : 
http://www.sillonbelge.be/2218/article/2018-03-26/une-alimentation-equilibree-pour-un-pelage-de-qualite