En Wallonie, les populations de lièvres sont en déclin. Cela pourrait s’expliquer par la baisse de la richesse floristique des campagnes.

Le Département de l’étude du milieu naturel et agricole (DEMNA) a un programme de suivi du lièvre d’Europe depuis 2013. Ce suivi met en évidence, que les populations de lièvres sont à la baisse depuis les années soixante. Différents facteurs peuvent entrer en compte: changement de la structure du paysage, amenuisement du maillage écologique, évolution des types de cultures, prédation, prélèvements cynégétiques, etc. Un aspect semble pourtant plus important que les autres: la perte de la richesse floristique dans les campagnes.

Pour le lièvre, une flore diversifiée et abondante aurait une importance capitale, notamment d’un point de vue alimentaire. Le lièvre mange avant tout des graminées, issues des prairies naturelles ou cultivées. Dans les régions de cultures céréalières, les céréales assurent la plus grande part de son alimentation de l’automne au printemps (blé d’hiver). Les diverses plantes formant l’environnement du lièvre jouent aussi le rôle d’abri contre les intempéries, de refuge contre les prédateurs et de source de quiétude en permettant de réduire la distance de fuite. Elles favorisent aussi la résistance aux maladies, aux intoxications, aux prédateurs, aux rigueurs climatiques et à d’autres stress.

Nombreuses naissances…

La réussite de la reproduction est importante dans la compréhension des fluctuations des populations du lièvre. Les naissances sont en général stables et élevées. Chaque hase (femelle du lièvre) «produit» normalement une dizaine de jeunes par an, en trois à cinq portées. Les dépenses énergétiques sont donc énormes et doivent être compensées par une alimentation extrêmement riche.

… mais faible taux de survie des jeunes

Si les naissances sont nombreuses, le taux de survie des jeunes est, quant à lui, régulièrement très mauvais: entre 50 et 90% d’entre eux meurent au cours de la première année, en raison de maladies, plus ou moins cycliques, d’une forte prédation dans un milieu inadapté, de mauvaises conditions climatiques, etc. La réussite de la reproduction varie d’une année à l’autre. Cela s’expliquerait par des variations climatiques: plus le temps est froid et humide, plus élevée est la mortalité des jeunes.

Par ailleurs, au cours d’une même année, la réussite de la reproduction est très différente d’un endroit à l’autre. Les variations d’habitat pourraient en être l’explication, mais les analyses n’ont pas encore permis d’en identifier les causes précises. Le principal intérêt de ces études est d’arriver à déterminer les facteurs d’habitat qui favorisent le développement des populations de lièvres. Si la conclusion est bien celle de la disponibilité en flore diversifiée, riche en lipides et protéines, alors nous serons renvoyés à nos modes de consommation qui, aujourd’hui, entraînent la réduction de cette diversité en favorisant l’agriculture intensive, simplificatrice de la flore sauvage.

Des lièvres encore nombreux dans certaines zones

Dans l’ensemble, les populations baissent, mais l’évolution n’est pas uniforme. Les lièvres sont encore nombreux dans certaines zones de Wallonie, en particulier dans l’ouest, où il arrive que l’on en dénombre plus de 100 par km² ! Comprendre les raisons des baisses ou des hausses de populations est dès lors important, tant du point de vue de la conservation de l’espèce que de sa gestion, les deux aspects étant indissociablement liés.